Mali: pourquoi la France n’aura pas le courage de retirer ses forces militaires

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Les autorités françaises ont annoncé jeudi, la suspension des opérations militaire conjointes avec le Mali. Une décision qui intervient dans un contexte où l’influence française commence à être réduite dans la région.

Les raisons évoquées par Paris pour mettre en veilleuse ses actions militaires au Mali sont entre autres que « des exigences et des lignes rouges ont été fixées par la CEDEAO et l’Union africaine pour clarifier le cadre de la transition politique au Mali » et que la France a besoin de « garantis » avant de savoir quelle décision finale prendre pour la suite de sa collaboration militaire avec Bamako. « Ces décisions seront réévaluées dans les prochains jours à la lumière des réponses fournies par les autorités maliennes », a ajouté Paris.

Menaces et suspensions

Cette décision n’est que la dernière d’une série d’accords internationaux avec le Mali suspendus en raison d’Assimi Goita, un colonel de l’armée malienne qui a orchestré le coup d’État d’août 2020, renvoyant du pouvoir le président par intérim, le Premier ministre et le ministre de la Défense.

Aussi, les relations entre le Mali et la France ne sont plus aux beaux fixe depuis l’éviction l’année dernière, de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita, les militaires semblant plutôt moins accroché aux bottes de Paris qui se délectait de cette attitude de « laquais » de certains dirigeants maliens et africains.

Dimanche, le président français Emmanuel Macron a déclaré que si le récent coup d’État tournait vers « l’islamisme radical », il mettrait fin à la coopération militaire. « Aujourd’hui, cette tentation est présente au Mali. Mais si ça va dans ce sens, je me retire », a-t-il déclaré au Journal du Dimanche, ajoutant : « Je suis resté à la demande des pays, car je pensais que sortir serait un facteur de déstabilisation. Mais la question se pose, et nous ne sommes pas destinés à y rester éternellement ».

Des tensions existantes

Les déclarations de Macron montraient déjà à ce moment, à quel point les relations avec la junte malienne étaient tendues. La décision de suspendre la coopération militaire n’est donc pas forcément liée au second coup d’Etat militaire mais plutôt elle pourrait être la conséquence du refus de Goita et ses alliés de rentrer dans les rangs comme l’avait fait IBK avant eux. Selon les informations, les militaires ambitionnent une ouverture plus large de leurs coopérations et se sont rapprochés de la Russie ces derniers mois, ce qui aurait frustré la France.

La force de la France au Mali est importante ; sous l’égide de l’opération Barkhane, Paris compte environ 5 100 soldats répartis à travers le Sahel dans une campagne de type guerre contre le terrorisme contre les militants. La guerre a commencé au Mali en 2013 sous le nom d’Opération Serval, lorsque la France a envoyé une force à la demande du gouvernement malien pour repousser un soulèvement des tribus Touaregs qui s’est propagé comme une traînée de poudre à la suite d’un autre coup d’État à Bamako en 2012.

Echec de l’intervention française au Mali ?

Comme la guerre américaine contre le terrorisme, cette campagne ne semble pas porter ses fruits et on a comme l’impression d’une stagnation. Aussi, elle a vu des civils pris pour cible en supposant qu’ils sont des militants djihadistes, la situation étant aggravée par les démentis de Paris. Par exemple, une frappe aérienne sur le village de Bounti le 3 janvier a été déclarée par le ministère français de la Défense avoir tué 40 hommes d’un « groupe terroriste armé », mais une enquête des Nations Unies a révélé que le raid avait touché une réception de mariage et n’avait tué que 19 personnes, tous désarmées.

Un autre cas en mars a vu six adolescents qui chassaient des oiseaux abattus par un avion français près du village de Talataye, Paris affirmant que l’incident avait touché « un groupe terroriste armé ». La violence terroriste au Sahel s’est aggravée et les djihadistes sont plus armés, organisés et gagnent encore du terrain alors que l’intervention étrangère, en occurrence celle de la France, était justement destinée à endiguer le mal. Une situation paradoxale qui a poussé de nombreux maliens à manifester pour le départ français et à appeler la Russie à la remplacer dans une autre forme de coopération dite « franche et sincère ».

La France pourrait-elle retirer ses hommes du Mali ?

La réponse est non ; en tout cas ce n’est pas pour aujourd’hui. C’est cette présence française au Sahel qui lui offre une certaine force dans le concert des puissances mondiale et sur le plan géostratégique, c’est important. D’un autre côté, cela serait pour Macron, de laisser une place privilégiée, et un rôle plus important à son rival, la Russie en Afrique, une erreur que Paris n’a pas envie de commettre.

La menace de Macron est donc pour forcer la main aux militaires pour qu’ils reviennent dans les rangs en se conformant aux accords pas très clairs avec la France et en jouant aux chiens bien dressés qu’on peut contrôler. Le fait de ne pas pouvoir garder les nouveaux dirigeants du pays sous contrôle est très frustrant pour la France et elle pense qu’en menaçant de partir le Colonel Goita reviendrait dans le « droit chemin ».

Cependant, il faut dire qu’avec le silence du peuple à la suite du second coup d’Etat, il est clair que les maliens gardent confiance en leurs forces armées et donc, ce soutien populaire à Goita pourrait lui permettre de mettre en œuvre une rupture avec les anciennes pratiques entre Bamako et Paris et instaurer une meilleure politique de coopération basée sur le respect mutuelle et non un tutorat non avoué. Ce n’est donc pas sur le Mali que met la pression la France, mais plutôt sur ses autres « amis » de la CEDEAO et de l’Union africaine.

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